En fin

Pour les Vougoslavie ancienne et actuelle, la decennie ecoulee etait desastreuse sur tous les plans. Les guerres, les exodes massifs des populations, les nettovages ethniques et pour couronner le tout, le bombardement par l’Otan et finalement l’isolement de la communaute internationale dans tous les domaines, depuis le politique, a travers l’economique jusqu’au culturel, ont produit des sequelles durables imprimees dans ce tissu social. Et pendant ce temps le monde etait submerge d’images et d’informations propres a donner l’impression que la vie d’ici etait denue de tout sens, que cette nation (auto)bannie a perdu tout rapport avec la realite, que la notion meme des acquis de la civilisation qui dominent actuellement dans maints plans et domaines, avait disparu. Cependant, le renversement politique sunenu aux mois de septembre – octobre qui a detrone la derniere dictature en Europe a brusquement reveille l’interet de la communaute internationale pour les evenements en Vougoslavie, surtout cette autre Yougoslavie, qui n’a jamais cesse d’exister, mais qui n’etait suffisamment ni soutenue ni exhibee. Son retour progressif dans le monde est maintenant indispensable. L’attention est actuellement naturellement dirigee vers les processus politiques, mais il ne faut pa> oublier que durant toute cette periode existaient ici et la culture et la creation qui tenaient le pas, dans des conditioos dures (non seulement a cause de l’isolement exterieur, mais aussi de l’interieur, ce qui pouvait etre parfois plus mond>. avec le monde de l’art. Les apparitions furtives d’auteurs yougoslaves de diverses disciplines (cinema, musique. theaire-arts plastiques, litterature ou autres) donnaient de fragiles signaux que malgre tout dans ces contrees eclorait un an citoven qui s’opposait au caractere martial du pouvoir, que c’est cette creation qui a entretenu par son langage le contaci prochain avec le monde et qu’il retournera, une fois cette periode dramatique revolue, a la place qui lui appartient a qu’il occupait autrefois.

Le choix des auteurs de cette exposition est inspire par la volonte de demontrer la subsistance chez nous de la digniie esthetique de la creation malgre les conditions de travail et de vie des artistes extremement defavorables, de la connnune de l’image et de l’esprit de l’epoque des annees quatre-vingt, de la transformation par des mobiles interieures des expressions traditionnelles picturale et plastique vers de nouveaux/autres aspects visuels, narratifs ou formels des annees quatre-vingt-dLx, restes a leur tour innovants et ouverts a la creation, construisant une scene vraiment plunisr a la fin du siecle (millenium). Pour cette raison, le titre de l’exposition – En fin -ne designe pas uniquemen: !.•:.’ d’un siecle grand par les formes et les contenus de l’art, mais une sorte de recapitulation ou de resume de ses vcies les plus significatives. Nous esperons avoir rendu evident le fait que l’art contemporain a etabli une nouvelle relao«:« qualitative avec les avant-gardes des debuts du siecle (tels le fauvisme ou l’expressionnisme), que parallelement i l’archetvpe postmoderne s’est cree une nouvelle/autre situation plastique sur les bases du formalisme modCTne (du constructivisme ou du minimalisme par exemple), que son idee utopique (d’une poetique personnelle a l’eOTeine) a garde sa vitalite dans le champ formel, meme chez les acteurs de la plus jeune generation. Certes, cette exposilioBrfB un inventaire ni exhaustif ni complet de la production sur notre scene artistique de la decennie passee. aussi ricfae evenements et phenomenes dans toutes les spheres – des medias et des technologies jusqu’a celles de la forme pbstipr et semantique.

On pourrait s’etonner que la narration que l’on lit dans les oeuvres de ces artistes n’est pas directement critkjue a la realite dans laquelle elles sont nees, a quoi on pouvait avant tout s’attendre. Mais leur contenu indique un eunfesprii collectif evident de la partie de la population qui a subi de la maniere la plus directe les consequences de dis aon de la politique destructive du pouvoir. L’entrecroisement de ces traumatismes les plus profonds qui sont l’essenc meme de l’experience artistique de ces auteurs, d’une part, et de leur expression formelle comme preuve de hitaM interieure conservee a l’encontre de l’image helas trop connue de la realite dramatique, d’autre part. donnedess%pa convainquants, quoiqu’affaiblis, de l’edstence d’un point de depart ferme permettant a la creation vou de compter de nouveau parmi le patrimoine artistique international. Pour cette raison, l’exposition En fin: egalement que l’art ce trouve ici a un nouveau debut. 

Jovan Despotovic 

Galerie de L’UNESCO, Paris, 2000